aujourd'hui une conférence sur les Shadoks et un peu de musique
- Une conférence : Gérard Berry - Science et conscience chez les Shadoks !
- Deux compilations d'extraits d’œuvres musicales de Robert Cohen-Solal
Les Shadoks est une série télévisée d'animation française en 208 épisodes de deux à trois minutes, créée par Jacques Rouxel, produite par la société aaa (animation art-graphique audiovisuel). La série a été diffusée entre le et 1973 (trois premières saisons) et à partir de (quatrième saison) sur Canal+.
Les Shadoks, c'est Voltaire
Les Shadoks venaient rappeler que
l'humour n'est pas qu'anglais, même celui du nonsense. C'est après son
séjour en Angleterre que Voltaire avait développé son humour à la
française, correspondant au wit anglais, au Witz allemand.
C'est cela, l'Europe. Et c'est pour cela que les Shadoks se sont si
bien vendus immédiatement à toutes les chaînes de télévision d'Europe.
Le bon mot, c'est la pointe, le piquant, la vivacité. Termes d'épée, d'escrime, et de dessin, de gravure. Le mordant
est d'abord cet acide que l'on emploie pour la gravure sur cuivre. A
travers les Shadoks, Rouxel a inventé la gravure sur télévision. Au
service du retour de l'esprit voltairien.
Les Shadoks ? Un caustique. Et mordants : à pleines dents. En effet, de ces créatures réduites à leur plus simple expression, et fortes par là, c'est ce détail qui doit être retenu : que ces oiseaux ont des dents. Et qu'ils n'attendent pas que les poules en aient pour les montrer et s'en servir. De ces becs carnassiers, que profèrent-ils ? Des méchancetés assainissantes. Thérapeutiques. Ils arborent les longs becs des médecins d'autrefois qui permettaient de se distancier ironiquement d'une épidémie en se promenant au milieu d'elle. Les Shadoks ont été présents pour réagir dès la première heure de Mai 68 à l'invasion de bonne pensée jeune et de gauche dégénérant dans toute une pollution de cool issue du smile (le sourire obligatoire), du nice (le gentil) et du positive thinking (l'obligation d'être positif). Cela se poursuit de nos jours au titre soit frelaté et puant dunew age soit pur et dur du politically correct. D'où la nécessité de ne pas perdre l'esprit Shadok.
Il est le contraire du Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Les Shadoks relèvent du fameux art du mot d'esprit comme pointe issu du XVIIIème siècle, qui est une technique de duelliste : le salon est un champ de bataille et de lancement de fusées, celles des feux d'artifice, des mots qui fusent et qui fustigent, des mots fusils. La voix de Piéplu fut, dès Mai 68, celle de ces railleurs dandies successeurs de Voltaire qui venaient lancer leurs fusées dans les salons et les cafés : l'esprit Shadok aussi pique et transperce, ferraille. Même si c'est décalé, même si on ne voit pas tout de suite qui est visé. En tout cas on perçoit que c'était juste, et en plein dans la cible, à la douleur de ceux qui se sont sentis visés et qui se disaient touchés, atteints : les crétins anti-Shadoks de la France profonde pompidolienne. Les mêmes qu'à l'époque de Chamfort, Stendhal, Balzac, Flaubert, Baudelaire (celui des Fusées).
Les Shadoks ? Un caustique. Et mordants : à pleines dents. En effet, de ces créatures réduites à leur plus simple expression, et fortes par là, c'est ce détail qui doit être retenu : que ces oiseaux ont des dents. Et qu'ils n'attendent pas que les poules en aient pour les montrer et s'en servir. De ces becs carnassiers, que profèrent-ils ? Des méchancetés assainissantes. Thérapeutiques. Ils arborent les longs becs des médecins d'autrefois qui permettaient de se distancier ironiquement d'une épidémie en se promenant au milieu d'elle. Les Shadoks ont été présents pour réagir dès la première heure de Mai 68 à l'invasion de bonne pensée jeune et de gauche dégénérant dans toute une pollution de cool issue du smile (le sourire obligatoire), du nice (le gentil) et du positive thinking (l'obligation d'être positif). Cela se poursuit de nos jours au titre soit frelaté et puant dunew age soit pur et dur du politically correct. D'où la nécessité de ne pas perdre l'esprit Shadok.
Il est le contraire du Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. Les Shadoks relèvent du fameux art du mot d'esprit comme pointe issu du XVIIIème siècle, qui est une technique de duelliste : le salon est un champ de bataille et de lancement de fusées, celles des feux d'artifice, des mots qui fusent et qui fustigent, des mots fusils. La voix de Piéplu fut, dès Mai 68, celle de ces railleurs dandies successeurs de Voltaire qui venaient lancer leurs fusées dans les salons et les cafés : l'esprit Shadok aussi pique et transperce, ferraille. Même si c'est décalé, même si on ne voit pas tout de suite qui est visé. En tout cas on perçoit que c'était juste, et en plein dans la cible, à la douleur de ceux qui se sont sentis visés et qui se disaient touchés, atteints : les crétins anti-Shadoks de la France profonde pompidolienne. Les mêmes qu'à l'époque de Chamfort, Stendhal, Balzac, Flaubert, Baudelaire (celui des Fusées).
Contre un Mai 68 nunuche
En 1993, il s'agit de libérer enfin les Shadoks de Mai 68 ; et
finalement de libérer Mai 68 de Mai 68 : ils sont un révulsif pour
séparer les deux Mai 68, celui de la consommation et de la nunucherie,
et celui de la vivacité et du caustique. Les Shadoks sont à la fois
contre la bêtise lourde de la France profonde et contre la sottise tourbillonnante de la France superficielle.
Cela reste actuel sous Balladur et sous le grunge. Rappelez-vous le
contexte de Mai 68... Dans le tourbillon d'hystérie prochinoise, en
plein sinisme : ce cynisme. Entre les hippies et les Pékinois, entre les
dindes de l'Inde et les dindons de Mao, au milieu de tous les orients :
ces désorientants. Surtout, sont nées de Mai 68 deux folies mortifères
contre lesquelles il faut s'armer de méchanceté shadoko-voltairienne :
du gauchisme est sorti le terrorisme, et de l'écologisme le pétainisme khmer vert. A ceux qui font du terrorisme nous répondrons par du voltairorisme. A ceux qui disent retour à la terre,
nous répondons : retour à Voltaire. Le voltairien Talleyrand fut un
Shadok. Il eut ce vermouth : cette amertume mordante enveloppée dans le
doux soyeux du style. Napo le lui dit un jour, en une formule que l'on a
mal entendue : Vous êtes de l'amer dans un bas de soie Cela
valait Légion d'honneur du style français. Style signifie d'abord
poinçon, puis poignard : stylet. Le style, que les Shadoks représentent
éminemment, à quoi ça sert ? A tuer la connerie, à faire couler le sang
de la bêtise et de l'affadissement. Une coupure au rasoir opérée par ce
trait de dessin ultra-fin et ces histoires hyper-minimalistes où tout
est aigu, pointu comme les becs des Shadoks et leurs corps anguleux. Les
Shadoks ne croient pas à la bonhomie de la rondeur et de l'obésité. Ils
refusent de somatiser. De prendre sur eux en enflant. Leur antithèse a
été récemment l'exposition Botero sur les Champs-Elysées :
l'enfouissement dans la graisse lourde comme une cuirasse. La fausse
solution Bibendum.
Les Shadoks ne sont pas nice
Autrement dit la nice-ité américaine. L'annulation de l'agressivité dans
une autopunition d'invasion par les graisses. Par le sucre vicieux des
sodas et des crèmes glacées. Ce bonheur affiché se paie par du malheur
interne. Les Shadoks sont de pure ligne voltairienne, pas seulement par
la ligne éditoriale ou politique, mais par la ligne du trait de crayon, et la ligne du corps : ils gardent la ligne
: ils sont le sec et le nerveux, le maigre et le précis, le direct et
l'express. La qualité d'expression française des Lumières est d'abord un
exercice de maigreur et de nervosité, pour ensuite la souplesse et le
bond dans la grâce. Les Shadoks travaillaient dans la minceur d'acier
style tour Eiffel, autrement dit dans la dentelle - ce qu'il y a de plus
dur, de plus difficile, de plus durci, de plus durable.
Les imbéciles qui écrivaient des lettres pour se plaindre qu'on ne leur
montrât point de paysages français à la place des Shadoks qu'ils
ressentaient comme l'anti-France, étaient eux- mêmes le risque de mort
de la qualité-France. Les Shadoks sont une des chances de la survie de
la France à l'horizon du XXIème siècle. Un de ces paysages français
vivants venus du plus loin, capables d'engendrer par leur exemple et
leur déflagration de nouveaux paysages français jamais vus, mais qui
seront tout de suite reconnaissables.
Laurent Dispo
Article paru dans le Globe Hebdo du 21-23 juillet 1993
le lien la conférence : click ici et hop !
le lien Robert Cohen-Solal, les Shadoks et autres musiques : click ici et hop !
nouveau lien (rajout du rip de la face a du vynil 'prospective 21éme siècle",réencodé en qualité flac, fourni par psychoalphadisco, merci a lui )
provenances des fichiers ; diverses
Rappel :
Autours des Shadoks
Les Shadoks : Ga liens retirés
Jacques Rouxel : courts-métrages 01
Les Shadoks : Bu-ga liens retirés
Jacques Rouxel : courts-métrages 02
Les Shadoks : Zo liens retirés
Les Shadoks : Meu liens retirés
Jacques Rouxel : courts-métrages 03
Jacques Rouxel : courts-métrages 5
A noter :
- les œuvres musicales de Robert Cohen-Solal présentées ici, sont des extraits tirés des b o des Shadoks et d'autres disques .Ces disques sont devenus très rares et donc très recherchés.Merci a psychoalphadisco de m'avoir rippé son vinyl 'prospective 21éme siècle", ce qui me permet de vous le proposer ici (uniquement la face a, c'est la seule qui comporte des œuvres de R C Solal)
- Gérard Berry, l'auteur de la conférence "Science et conscience chez les Shadoks", est un brillant ingénieur et informaticien ainsi qu'un émérite membre du collège de pataphysique ou il a le titre de déformaticien, c"est un fin connaisseur de l'univers des Shadoks :
une citation de Gérard Berry, pataphysicien, « L’informatique, c’est la science de l’information, la déformatique, c’est le contraire. »
Pour en finir avec les Shadoks un petit bonus !
demain : Courts-métrages Japon 02




















